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Lorsque l’on parle d’orientation post-bac, les parents pensent spontanément aux notes, aux spécialités du bac ou aux débouchés professionnels. Plus rarement à eux-mêmes.
Et pourtant, de nombreuses études le montrent : l’orientation d’un jeune ne se construit jamais dans un vide social. Elle est profondément influencée par son environnement familial, par l’histoire scolaire et professionnelle de ses parents, et par la manière dont ceux-ci parlent (souvent sans s’en rendre compte) de leur propre travail et du monde professionnel. Interroger cette influence n’a rien de culpabilisant. C’est au contraire une clé essentielle pour accompagner son enfant avec plus de lucidité et de liberté.
La continuité sociale : un phénomène puissant mais souvent invisible
La majorité des jeunes s’orientent vers des études et des métiers proches de leur univers familial. Ce phénomène, appelé continuité sociale, est largement documenté. Les enfants de cadres s’orientent plus fréquemment vers des études longues et générales, tandis que les enfants d’ouvriers ou d’employés se dirigent davantage vers des formations courtes ou professionnalisantes. Non pas par manque de capacité ou d’ambition, mais parce que certaines voies leur paraissent plus “naturelles”, plus accessibles ou plus rassurantes.
Cette continuité ne résulte pas d’une stratégie consciente des parents, mais d’un ensemble de mécanismes subtils : ce que l’on connaît, ce que l’on valorise, ce que l’on juge risqué ou au contraire sécurisant. Sans s’en rendre compte, les familles transmettent une vision du possible et du souhaitable, qui va fortement orienter les choix des adolescents.
Ce que votre enfant entend quand vous parlez de votre travail
La manière dont les parents parlent de leur quotidien professionnel joue un rôle central dans la construction des représentations des jeunes. Un parent qui évoque souvent la fatigue, le stress, le manque de reconnaissance ou la peur du chômage peut, malgré lui, transmettre une vision anxiogène du monde du travail. À l’inverse, un discours très valorisant sur la réussite, le statut ou le niveau de revenus peut faire naître une pression implicite à “faire au moins aussi bien”.
Ces messages ne sont pas toujours verbalisés clairement, mais les adolescents y sont extrêmement sensibles. Ils observent, écoutent, interprètent. Ils peuvent ainsi rejeter un métier jugé trop pénible, trop incertain ou au contraire se censurer face à des professions perçues comme “pas faites pour eux”. Avant même de comparer des formations, l’orientation commence souvent autour de la table familiale.
Les biais parentaux : entre protection et projection
Les parents souhaitent naturellement protéger leur enfant. Cette intention légitime peut cependant s’accompagner de biais puissants. Certains parcours sont perçus comme trop risqués, trop sélectifs ou trop éloignés de l’expérience familiale. D’autres sont valorisés car ils semblent offrir une sécurité immédiate ou parce qu’ils correspondent à une réussite socialement reconnue.
Il arrive aussi que les parents projettent, consciemment ou non, leurs propres regrets ou aspirations sur leur enfant. Une orientation peut alors devenir le moyen de “réparer” un parcours professionnel décevant ou, au contraire, de perpétuer une tradition familiale. Ces mécanismes sont humains, mais les identifier permet d’éviter que l’orientation ne devienne un terrain de tensions ou d’injonctions silencieuses.
Quand le non-dit influence plus que les conseils
Fait paradoxal, ce ne sont pas toujours les conseils explicites des parents qui pèsent le plus, mais les non-dits. Ce que l’on ne connaît pas fait peur. Ce que personne n’évoque semble inaccessible. Ainsi, certaines filières ou certains métiers ne sont même pas envisagés, faute d’exemples dans l’entourage ou de discussions à leur sujet.
Élargir le champ des possibles passe donc par une ouverture volontaire : parler de métiers inconnus, s’intéresser à des parcours atypiques, reconnaître que l’on ne maîtrise pas tout du système actuel. Cette posture d’humilité est souvent très libératrice pour les jeunes, qui se sentent alors autorisés à explorer sans trahir leur milieu familial.
Comment accompagner sans enfermer ?
Prendre conscience de l’influence parentale ne signifie pas s’effacer, mais ajuster sa posture. Les parents peuvent jouer un rôle déterminant en aidant leur enfant à mettre des mots sur ses envies, ses peurs et ses représentations, tout en distinguant ce qui lui appartient de ce qui relève de l’héritage familial. Poser des questions ouvertes, encourager la curiosité, confronter les idées reçues à la réalité des formations sont autant de leviers pour favoriser une orientation plus choisie que subie.
Il est également essentiel de rappeler qu’en France, l’orientation n’est pas figée. Les passerelles, les réorientations et les reprises d’études font partie intégrante des parcours. Cette souplesse permet de réduire la pression et de sortir d’une vision déterministe de l’avenir.
En conclusion : des parents influents, donc responsables… et puissants
Oui, l’orientation de votre enfant dépend en partie de vous. De votre parcours, de vos mots, de vos silences et de vos représentations. Mais cette influence peut devenir une formidable opportunité. En prenant conscience des mécanismes de continuité sociale et des biais parentaux, vous offrez à votre enfant un cadre plus ouvert, plus juste et plus sécurisant pour construire son projet.
Une orientation réussie n’est pas celle qui reproduit un modèle, mais celle qui permet à chaque jeune de trouver sa place, en connaissance de cause. Les parents n’ont pas à être neutres, ni experts de tout, mais des accompagnants lucides, capables d’ouvrir le champ des possibles plutôt que de le restreindre.
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